Le Paradis, c'est l'Enfer !!!

Mon Amour, Mes Amis, Mes Emmerdes...!!! Et mes Humeurs aussi...

lundi 7 mai 2007

La France d'après...!!!

Laissez moi vous raconter une belle histoire que j’ai vécue hier soir… (C'est Rémi, un pote ki parle...)

Nous sommes le 6 mai 2007, avec 53% des suffrages exprimés, Nicolas Sarkozy vient d’être élu Président de la République. « Je serais le Président de tous les Français. Je ne vous trahirais pas, je ne vous mentirais pas, je ne vous décevrais pas » a-t-il lancé à une foule en liesse Place la Concorde, à Paris, entourés de tous ses amis, sa famille et quelques vedettes de la chanson et du cinéma au rang desquels on compte Mireille Mathieu, plus Mirrrrreille que jamais et Faudel, moins arabe que jamais !

Il est 23 heures  lorsque je quitte l’appartement d’un ami qui habite place d’Italie après avoir suivi avec tout un groupe plutôt Royaliste la retransmission de la soirée électorale. Nous sommes déçus bien sûr, mais acceptons la défaite avec philosophie en espérant que Mr Sarkozy sera à la hauteur de la confiance que ces 53% de votants lui ont accordée… Finalement, même si on aurait préféré que ce soit sa rivale qui soit élue, nous sommes tous dans le même bateau et avons toutes et tous intérêt à ce que cet homme conduise une bonne politique pour la France.

Dehors, tout est calme, trois hommes d’origine apparemment indienne ou pakistanaise sont assis sur des marches devant le centre commercial Italie 2, les doigts de pieds en éventail. Leurs chaussures en cuir traînent devant eux sur le trottoir et ils ont l’air apaisés.

Il est 23h15 lorsque je m’engouffre dans la bouche de métro, ligne 5, Place d’Italie pour rentrer chez moi.

La rame s’arrête sur le quai et je pénètre à l’intérieur. Je sais que la ligne 5 passe par Bastille et République et j’ai entendu à la télé qu’il y avait eu quelques incidents à Bastille… rien de grave je présume.

Jusqu’à Bastille, tout va bien. Assis sur un strapontin, je regarde la tête des gens. Tout le monde comme à son habitude a le visage fermé, mais je note ça et là quelques moues inquiètes ou des expressions de méfiance… c’est normal me dis je, c’est tout frais, ce soir est un soir pas comme les autres, les gens sont un peu plus stressés que d’habitude. D’ici quelques jours tout redeviendra comme avant.

Station Richard Lenoir, entre Bastille et République.

La rame s’arrête. Les portes s’ouvrent et quasi instantanément, une dizaine de jeunes affolés, hurlant des mots comme « ils sont fous » « au secours » « aidez nous », s’engouffrent à toute vitesse dans mon wagon. Ils ressortent presque aussitôt à l’autre bout ; je n’ai pas eu le temps de bouger. A vrai dire je suis tétanisé et ne comprends pas vraiment ce qui se passe. A peine sont il ressortis qu’une horde de types en civil armés de cravaches en cuir déboulent à toute allure en frappant sur tout ce qui bouge. L’un d’eux crie « Chargez ! » en entrant dans mon wagon. Je commence à avoir peur pour ma sécurité et pour tous ces gens qui sont avec moi. En deux secondes le wagon se vide de ses assaillants, poursuivis et poursuiveurs. La scène qui se déroule ensuite sous mes yeux est hallucinante. Les poursuiveurs, qui s’avèreront par la suite être des CRS en civil, cravachent une bande de jeunes gens, qui, je l’apprendrai par la suite, manifestait leur mécontentement Place de la Bastille. Ils les ont coincés dans le wagon d’à côté et ne se contente pas de les frapper, ils utilisent des bombes lacrymogènes afin de les neutraliser et finissent par quitter le wagon avant que les portes ne se referment. D’ailleurs je pense qu’elles sont restées ouvertes plus longtemps que d’habitude même si je suis certain que tout ceci n’a pas duré plus d’une minute.

Le métro repart. Dans le wagon tout le monde est debout et choqué. A la station suivante, Oberkampf, le wagon dans lequel s’est déroulé la scène se vide instantanément de ses occupants. Ils nous rejoignent tous dans le notre : les jeunes qui faisaient l’objet de la poursuite ainsi que toutes les autres personnes qui comme moi ne faisaient que rentrer chez elles. Ils ont tous les yeux rouges et une forte odeur qui finit par me piquer le nez et les yeux les suit de quelques secondes. Un jeune qui pleure plus par dépit et par dégoût qu’à cause des lacrymos m’explique rapidement qu’ils ont été pris à parti par cette horde de CRS (c’est vrai qu’ils étaient bien plus nombreux qu’eux) parce qu’ils avaient osés leur dire que c’était le début de la révolution et que pour eux Sarko était un facho dont ils auraient la peau. « On exprimait juste notre mécontentement, ils avaient pas à nous charger comme ça ! Leurs yeux étaient pleins de haine ! » me dira-t il avant de baisser la tête et de pleurer complètement cette fois.

Debout contre la porte, un vieil homme qui était dans le wagon de la haine s’essuie les yeux avec un mouchoir en papier. Il lève parfois les yeux vers le ciel, probablement pour essayer d’avoir moins mal. A chaque fois qu’il rebaisse la tête il part dans un long sanglot qui n’a sûrement pas pour seul motif le piquant des bombes lacrymogènes. Assis ou debout, les gens sont choqués et leurs visages sont blancs. La peur se lit dans leurs yeux. Une femme assise avec un enfant sur les genoux me dit «  ça commence bien… »

A République je descends. Ici tout est à peu près calme. Seules quelques affiches déchirées jonchent le sol des couloirs et quelques slogans anti-Sarko fusent ça et là.

Je prends la ligne 11 et pense à ce que je viens de voir, de vivre, de comprendre.

« Je serais le Président de tous le Français. Je ne vous trahirais pas, je ne vous mentirais pas, je ne vous décevrais pas…. » a dit Nicolas Sarkozy quelques heures plus tôt. « Je veux tendre la main à ceux qui n’ont pas voté pour moi et leur dire que c’est à eux que je pense en premier et que c’est eux que je veux aider en premier… »

J’avoue Mr Sarkozy, que quand vous avez dit ça, je n’avais pas imaginé que c’était de cette façon-là que vous alliez les aider….

Aujourd’hui, grâce à vous, je crois que nous sommes au début d’une période de notre histoire difficile.

Malgré tout j’espère… J’espère que ce que j’ai vécu ce soir dans le métro, entre Bastille et République, deux symboles de la France, n’est pas le début d’un quinquennat de peur et de haine.

Prouvez nous le contraire. Vous avez toutes les cartes en main.

Pour compléter le récit de Rémi, voici ce que moi j’ai vu dans mon quartier en rentrant chez moi vers 1h30 du matin…

Un ami nous raccompagnait en voiture mon mec et moi. Nous venions du 20ème k’on trouvait particulièrement calme. On se disait que, pour un soir d’élections présidentielles, peu de joie perçait dans les rues mais il faut dire que le 20ème a voté majoritairement pour Ségolène Royal comme la moitié est de Paris (18e-19e-20e-12e-13e-14e-2e-3e-5e) et que cela devait être + agité dans le 8ème ou le 16ème !!! Et nous nous dirigions dans le 12ème où nous habitons en passant par Nation et le boulevard Diderot.

Sauf qu’arrivés au niveau de la rue de Reuilly, on a vu foncé sur nous une bande de jeunes, rapidement suivis de CRS à leurs trousses, qui finalement tourna devant nous vers Faidherbe Chaligny… On se dit « Sympa ! Ça commence bien » ; on essaie de continuer tout droit vers la rue de Chaligny mais des barrières étaient à travers la route, des jeunes marchaient dans tous les sens et les quelques voitures devant nous préféraient faire demi-tour plutôt qu’avancer. On fit de même et prit la rue de Reuilly, plutôt calme. On passa ensuite devant la piscine de Reuilly et quelle ne fut pas notre surprise et notre inquiétude de voir, allée Vivaldi, une voiture en feu !!!

Forcément on ne demanda pas notre reste et Olivier nous déposa le + rapidement possible devant chez nous, avenue Daumesnil, puis fila chez lui dans le 13ème en nous promettant de nous appeler dès qu’il serait chez lui.

Arrivée chez nous, je brancha mon téléphone à sa batterie, téléphona aux pompiers pour les prévenir mais c’était déjà fait et reçu un message sur mon répondeur de Géraldine, redevenue ma voisine cette semaine, me disant de faire attention en rentrant chez moi car des incidents avaient lieu dans le quartier. Je l’appelai aussitôt pour la rassurer et lui demander des détails.

Tout simplement, des jeunes manifestants au look peace and love et certains casseurs s’étaient fait poursuivre par des CRS de la Bastille jusqu’à notre quartier (à environ 1km de Bastille) et certains avaient même été frappés pour rien simplement parce qu’ils étaient au mauvais endroit au mauvais moment !!! Et je tiens à bien insister sur le fait qu'il ne s'agissait pas particulièrement de jeunes de banlieue - à première vue- mais plutôt de jeunes "rebelles à dread locks" qui m'avaient l'air bien parisiens... 

Et voilà comment le 6ème président de la 5ème république est-il salué par des manifestations pacifiques mais hostiles à son élection vite réprimées et prétextes à toutes les exactions !!!

Cela promet pour notre avenir…

Bienvenue dans la France d’après…

Posté par mikemara à 18:13 - Sarkoland - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    Ouais... J'aimerais tellement qu'on se trompe ! Peur de la suite.

    Posté par Lucinette, lundi 7 mai 2007 à 19:17

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